Mirages

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Ruban adhésif,
arracher,
carton plume,
traces à vif.

Les japonais ont l’art de voir dans l’impermanent, l’anodin, le modeste, ou même le laid, un état esthétique altérable que l’on appelle wabi sabi. L’ainséite est wabi sabi. Ce qui est, simplement est, sans aucun jugement. Une imperfection qui devient d’une grande beauté. Un détail qui révèle tout une oeuvre.

Créer sans intention.

Berta Sesé propose dans la série photo “mirages”, les traces laissées par le ruban adhésif décollé de sa surface, disgracieuse et sans intérêt, qui trouve dans l’oeil de l’artiste un nouvel état.

Voir. Ce qui est.
Voir dans ce qui est, ce qui n’est pas mais qui est ailleurs.
Ce qui est mais n’est pas.
Ce qui est créé par l’oeil de celui qui a posé son regard et ainsi donné vie.
L’oeil. Créateur. Dieu.
Vie, à ce qui était une chose et est à la fois autre chose.
Ce qui est à la fois mort et vivant. Double état.

Nous sommes créateur de nos vies, créateur de la vie. Un regard posé, une image figée, une vie engendrée. Un paysage découvert dans un morceau de ruban adhésif arraché.

« L’ambivalence de l’apparition est surmontée par l’Expression, présentation d’autrui à moi, événement originel de la signification. (…) le monde devient notre thème – et par là notre objet – comme proposé à nous, il vient d’un enseignement originel au sein duquel le travail scientifique lui-même s’installe et qu’il requiert. Le monde est offert dans le langage d’autrui, des propositions l’apportent. Autrui est principe du phénomène. » Emmanuel Levinas, Totalité et Infini, essai sur l’extériorité, p.92

Impermanence. Un état n’est jamais immuable. Par définition il est état et donc sujet à altération. Altération et altérité. L’autre état. Etat de grâce dans un monde en mouvance où capturé par l’image, il devient langage. Quand l’artiste propose son propre langage, à savoir son regard, il offre le « voir ». Voir ce qui n’est pas, dans l’immuable de l’image, un autre état, de lui à nous.

Aurélia Guis,

Rédactrice, Culturedialog.com

http://www.culturedialog.com/blog/traces-by-berta-sese/

Tape,

strip,

cardboard,

bright marks.

The art of seeing in the impermanent, the modest, or even the ugly, an alterable aesthetic state, somehow wabi sabi. What is, simply is, without judgment. An imperfection which becomes great beauty. A detail that leads to a new state.

Create without intention.

Berta Sesé is a multidisciplinary artist working on macrophotography. Without effects, she approaches the real world with a very intimate, almost scientific approach of details. Macro itself becomes a whole world, an extraction, an emphasise, of a chosen time. Some thing becomes another, like a change of state, dreamlike and moving.

In the photo series « ribbon of confusion », the traces left by the tape taken off its surface, unsightly and without interest, finds in the eye of the artist a new state.

See. What is.

See in what is, what is not, but is elsewhere.

What is but is not.

What is created by the eye of the one looking and thus giving life.

The eye. Creator. God.

Life, what was one thing and at the same time something else. Which is both dead and living. Double state. We are creators of our lives, creator of life. A calm look, a frozen image, a generated life. A landscape discovered in a piece of tape taken off. Impermanence. A state is never immutable. By definition it is state and therefore subject to alteration. Alteration and otherness. The other state. State of grace in a changing world where captured by the image, it becomes language. When the artist offers his own language, namely his look, he offers to « see ». See what is not, in the immutable image, another state, from him to us.

By Aurelia Guis

Editor of Culturedialog.com

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